samedi

.nunca jamàs.

Tu t'appelles Lou, tu es presque grand, sauf dans ta tête et tu vis dans la Grande Ville grise, au milieu des tours aux noms improbables avec une partie de ta bande, qui elle aussi n'est grande que d'apparence. Il n'y a que Jefferson qui est petit, il te fait vibrer, des vibrations dont on aurait du mal à définir la provenance, mais qui, décrit avec un sens de l'observation inégalable, devrait pouvoir t'aider à surmonter toute cette obligation de grandir. Tu portes une grande salopette noire, bien large, avec des oiseaux très blancs qui cherchent encore une Liberté et qui s'élancent sur toi, comme sur un épouvantail qui n'aurait jamais fait peur. Tu vis dans la Grande Ville grise avec une partie de ta bande.

Tu t'appelles Lou et le noir que tu portes illustre à merveille la couleur du nuage qui prend toujours plus de place derrière tes poumons, la couleur que tu auras beau cracher mille fois, mais que tu retrouves à chaque fois dans tes cauchemars, à chaque fois dans tes projets.

Tu profites de lire un livre déjà lu il y a longtemps pour t'inspirer et écrire ces quelques lignes, t'aventurer au milieu des phrases qui percutent, et voilà que sans prévenir les mots se couchent puisque tu les voles, chaque lettre fait pression sur sa voisine, même le café-lait-chocolat et le clavier se laissent emporter parce qui n'est encore qu'un début d'alarme à tirer.

Elle s'apprête à se tordre, dans les nuits qui commencent à se refroidir. Tu serres ton oreiller, tu fermes les yeux pour la faire disparaître. Ce n'est que son fantôme qui tape dans tes souvenirs et joue avec toi comme un pantin qui n'a jamais voulu devenir petit garçon. Tu ne lui en veux pas, tu ne lui en voudras jamais de rien. 

C'est le moment que tu choisis pour t'installer sous ta cabane, pour exorciser tes peurs, faire disparaître les débuts de tes tremblements. Tu connais cet abri car c'est là que que tu passes des heures et que tu as imaginé ce que ça ferait si elle vivait un peu tout ça avec toi, c'est ici que tu vis tes angoisses et tes fous rires. C'est ici que tu ne sais plus si tu t'es cogné à elle ou si c'était encore une illusion.

Ce refuge, fait de bois parce que tu savais que ce serait plus solide que toi mesure à peu près ta taille, ce qui le rend confortable. Tu pourrais y passer des heures à croire qu'installé sur le matelas, tu ne pourras plus jamais grandir ou alors dormir pour un temps indéfini. Alors tu répètes à voix haute pour la faire fuir. Nunca jamàs.

La bribe d'espoir, que tu tisses dans tes plans les plus fous et les moins réalisables, a résonné comme un miracle et t'as donné le courage un peu stupide de survivre un peu plus longtemps dans le monde des Grands. Tu ne sais pas vraiment ce qu'est la vie, même si certains la raconte et l'embellisse, ce qui laisse croître l'Espoir pendant ton sommeil, même si, parfois, la nuit, tu te réveilles en nage, persuadé que tout ça n'a jamais existé, que sa silhouette chaude respire lourdement à tes côtés et qu'elle répondait toute somnolente quand tu l'appelais pour te rassurer, qu'elle t'invite à te blottir contre elle, et que ta main caresse ses cheveux humides de sueur et emmêlés. 

Ce qu'elle comptait faire de toi tu ne l'as jamais su. Mais ses intentions n'avaient rien d'éternel, à moins qu'il existe un pays où on aurait pu être les rois sans craindre le regard des autres, surtout celui des autres. Mais aujourd'hui tu as écrit ailleurs, à quelqu'un d'autre. La chaîne des évènements qui se déroulent dans ta tête est brisée et ton histoire va peut-être recommencer.

Tu t'appelles Lou, ton créateur s'appelle Plum, car on peut appeler créateur quelqu'un qui fait tomber les ombres. 

mercredi

.monstre.

dis p'pa ? 
comment ça s'fait que tout l'monde pense que c'est heureux, être deux ? 
pourquoi c'est cassé chez moi, les sourires, que quand on m'baise j'en ai vraiment plus rien à foutre de tout ?
pourquoi quand adèle dit qu'elle attend qu'il se passe quelque chose, ça me réveille un peu.

t'y crois toi aux trucs hétéronormés ? 
tu voulais vraiment quand t'as vu ma queue pour la première fois en sortant de l'utérus de maman, qu'il m'arrive des trucs hors normes ? j'veux dire, quand t'es un papa ou une maman tu veux ça pour ton gosse nan ?

tu vois moi je demande parce que toi t'es grand et que même si tes bras ils sentent plus là 8-6 que ta tendresse, t'en as sûrement toi des réponses à donner. même si tu baisais ailleurs tout le temps, pendant qu'on avait pas encore trois ans, y'avait quand même quelque chose hein dans tes yeux le soir ?

me regarde pas comme ça, j'y peux rien moi si j'en veux pas d'enfants, si quand je me réveille, l'oreiller à côté de moi il est tout froid. j'y peux rien si ça me dégoûte quand ils se tiennent la main, qu'ils se promettent des jolies choses en y croyant, qu'ils voyagent, qu'ils donnent du sens à leur vie. qu'ils rêvent de devenir astronautes et finissent à faire la queue dans un supermarché.

j'écoute beaucoup de monde tu sais. je l'écoute Elle qui me dit qu'il faut d'abord exister pour soi. Qu'Elle m'aime mais qu'Elle a pas le temps et que finalement tout le monde La connaît mieux que moi. pourquoi t'as pas prévenu que les gens qu'on admire faut les trouver ordinaire ?

je me force à faire pareil tu sais, parce que vraiment j'ai beau faire travailler les réponses aux questions,  à quoi ça sert de prendre soin de soi hein ? ça sert à quoi d'exister quand les autres y sont déjà et que tu penses que c'est suffisant ?

tu crois que maman elle m'en voudrait si je lui disais que je me sens pas trop fait pour tout ça ? pas parce que je veux pas. juste parce que ça me fait rien. un peu comme quand on regardait la télé le soir et que tu t'endormais alors qu'il était pas encore dix heures. ça fait rien, c'est vide. normalement on est sensé pleurer un peu quand ça va pas ? c'est ce que tu faisais toi nan quand tu te cachais pour pas qu'on te voit ?

pourtant tu m'as bien éduqué hein ? tu m'as appris à faire des conneries, à boire du coca quand normalement faut boire de l'eau. fumer des joints quand on devrait faire ses devoirs. mais finalement la claque dans la gueule qu'apporte la vie t'as préféré me faire la surprise ? 

t'en fais pas, je savais déjà que tu répondrais rien. 
je savais parce que t'augmente toujours le volume quand y'a TF1.

dis papa ? j'peux aller me faire enculer ? tu sais c'est pas homophobe ce que je dis, c'est même pas vulgaire. je parle pas d'me prendre une bite dans le cul. je parle de la vie qui doit me glisser dessus. parce que je vois pas vraiment ce que je peux faire d'autre.

si encore t'avais de la thune, je pourrais t'en taxer et m'exploser. tu sais ne plus penser à rien, être assisté tout ça.

t'en fais pas y'aura jamais autant de place sur l'épitaphe.
j'continuerai d'être un bon fils. faut faire semblant je sais,
sinon les autres vont
s'inquiéter.
Faut que tu sois fier, et qu'toi aussi finalement tu sois bercé d'illusions. 
sinon ce serait pas drôle,
juste 
compte pas
sur moi
pour prendre ton rôle.

vendredi

.old man.

Mon putain de cul sur un tricycle 
Ma gueule je savais bien que je demain, 
C'était un gros truc de vilain, voilà mon cycle 
Ni micro ni stylo, juste un clavier un peu d'argot.
On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a quand dans ton pieu ma Ramona 
Ça remue plus, même pas ma queue, surtout quand j'vois dans le fond de tes yeux 
Slameur de merde, coureur de fond d'la mer, sous tes jupons je crache ma bile. Excuse moi gamine.
Je sais c'est, dégueulasse 
Faut bien que j'decrasse, que tu m'enlaces. Quant à Betrand, 
Il serait un peu fâché
S'il voyait qu'on lui piquait 
Ses mots à lui un peu d'sa vie. 
Léon nettoie, moi je vois que toi 
Là haut, en bas, quand j'ferme les yeux et puis ma gueule. 
Surtout ma gueule, 
pas d'illusion j' finirai pas comme cette souillon. Bien trop cuite au court bouillon dans son bocal de formol. 
Allez j'remballe, y'a presque plus rien sur la table. Et quand ça cogne comme ça je préfère éviter les cigognes. 
Quelque fois que dans leur bec de connasse elles nous ramènent un truc pas jouasse, qu'on devra buter à coups d'schlass.
"Game over Rodjeur"
Où vont la tête et l'coeur après que tu meurs ? 
Sous ses groles, patate.