Non c’est n’importe quoi, c’est pas du tout comme ça que ça se passera. Sur le bout d’en haut des marches, à coté du gars qui vend des cacahuètes qui sentent le caramel, vit la fille qui a des genoux complètement niqués, d'un bleu rouge tirant vers le fou rire.
Normalement elle met des jupes assez longues pour pas qu’on les voit, mais un jour alors que je courrais après le vent et que la grande tornade ne s’était pas encore décidée ,elle m’a raconté son secret, là tout bas, au creux de mon oreille.
C’est comme ça que c’est devenu sépia. C’est comme ça que l’eau est devenue diabolo grenadine et que je ne mange plus la peau des clémentines. C’est comme ça que quelque chose à l’intérieur de moi a fait comme l’horloge du Grand Marché.
Le soir quand j’ai fini de travailler, on continue de discuter. elle me demande ce que ça fait, d’être grand et amoché.
Elle me demande si c’est normal que certains autres, vivent plastiquement tout à coté, mais continuent de raconter des salades pour qu’on continue de les regarder.
Des fois elle met ses bottes, me prend la main et m’entraine pour aller sauter dans les flaques d’eau. Je l’éclabousse plus souvent qu’elle ne le fait, elle m’écrabouille plus souvent qu’elle ne le devrait.
Je lui demande si les cacahuètes au caramel, si elle en a déjà mangé.
« Non, sinon ça sentira plus jamais pareil ». Et je trouve ça juste alors on s’interdit d’en prendre pour le goûter.
En vrai je sais bien qu’elle habite un peu trop loin. Je me souviens à peine des formes de sa main, je l’entends juste me dire que dans une autre vie, pas celle là parce que ça sert à rien, que dans une autre vie on est le roi et la reine d’une planète faite de peinture, d’arbres et surement d’autres trucs mais elle peut pas tout expliquer. Que les loups ne seraient jamais devenus des chiens, que les forêts ne seraient jamais devenues des parcs.
Alors maintenant quand je remonte les escaliers, que sous la statue, beaucoup de gens restent plantés, le téléphone à la main et le sourire en bas des reins, je l’imagine leur pisser dessus, debout, fièrement comme je lui ai montré. On en aura toujours sur la pointe des pieds. C’est pas très grave tu sais, tant qu’on existe il suffit juste de plus jamais soublier.
Tu me dis si ça tempête, je rangerai les craies, la gouache, ma gouaille, les pains au chocolat, les crayons, le savon un peu marron, les livres qu’on veut jamais finir, et puis je retournerai.
Dormir.
On venait d’avoir quatre ans, personne n’avait préparé de gâteaux.
On était un peu rouillés, il était temps qu’on hurle aux vents.
aouh.
C’est comme ça que tout est devenu sépia, c’est comme ça que j’ai gardé les miettes.
Sous ma casquette, dans mon manteau.
Savoir que t’es là, c’est comme trouver un calot dans son frigo.
(Déploie toi / Déplie moi)
